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Marne la Valée studio pour enregistrer -2-
Vous qui aimez les histoires, et qui êtes toujours prêts
A vous en laisser conter par qui veut vous faire accroire
Si vous voulez m’écouter, et dussiez-vous m’en vouloir
J’ai au fond de la mémoire un conte de qualité :
Monsieur Julien était homme de modeste condition
Mais bonne réputation –chacun l’aimait bien en somme
Par de menues attentions il touchait chacun et comme
On ne lui savait personne, veuf et seul en sa maison
A vivre de sa retraite - et l’on sait de quel pécule
Quelle aumône ridicule, quel salaire de disette
Des vieux viv’nt avec scrupule - une vie droite et honnête
En faisant durer les miettes d’une rente minuscule
Je disais que les dimanches les voisins du bon pépé
L’invitaient à partager une table simple et franche
Il savait qu’on l’attendait : même sans chemise blanche
Sans costume-des-dimanches, sa place était réservée
Mais jamais au grand jamais il n’arriva les mains vides
Il portait en lui solide le sens des civilités
Souriant de toutes ses rides il amenait un bouquet
A « Maman » et pour « Bébé » ses poches n’étaient jamais vides
On lui en faisait reproche mais il n’aurait pas permis
Que l’on pût penser de lui qu’il vivait à la croche
Du lundi au samedi toujours au fond de sa poche
Gardait trois sous pour les mioches –et n’aurait jamais failli
Ces par ces futilités et grâce à ces petit riens
Que les bons Monsieur Julien préservent leur dignité
Le sans-gêne on le sait bien ne se trouvant qu’à portée
De la bonne société de ceux qui ont « les moyens »
Un jour se trouva pourtant où il eut beau retourner
Son fichu porte-monnaie : il n’y trouva nul argent
Pas le plus petit jaunet – il allait devant ses gens
Passer pour un indigent s’il n’allait rien amener
Il pensa bien s’aller dire qu’il était indisposé
Qu’il devait se reposer et ne pourrait pas venir
Mais n’allait-il pas vexer ce serait encore pire
Il n’osa pas prévenir : il n’osa pas refuser
Pesant son poids de menace samedi soir était là
En désespoir il entra dans une grande surface
Une fois arrivé là que vouliez-vous donc qu’il fasse
En tremblant il fit main basse sur un sac de chocolats
Et une boîte de crabe. Un surveillant qui passait
Lui mit la main au collet et d’une voix formidable
Ameuta tout le quartier –qui, par son acte effroyable
Fut le plus grand misérable, du voleur ou du volé…
Mené chez le directeur le voleur aux cheveux blancs
Se fit tancer vertement, traiter comme malfaiteur
Fouiller sans ménagement, et sans pitié pour ses pleurs
En le renvoyant dehors on le prévint gentiment
Que pas plus tard que lundi on le ferait convoquer
Chez les agents du quartier et qu’il serait poursuivi
Ecrasé par son forfait il regagna son logis
Le pavé dansait sous lui et ses vieilles mains tremblaient
Il monta ses trois étages comme dans un cauchemar
Et dans son esprit hagard se mélangeaient les images
Avant qu’il ne fît trop noir il rassembla son courage
Et fit son peu de ménage puis descendit dans le soir
Ca n’a fait dans les journaux que quatre lignes –et encore
Quand on repêcha son corps qui s’allait au fil de l’eau
Moins que lorsque l’on décore avec fanfare et drapeau
Les notables locaux de la légion d’honneur
Vous qui aimez les histoires, êtes-vous encore prêts
A vous en laisser conter par qui veut vous faire accroire
Ou pouvez-vous m’écouter sans pour autant m’en vouloir
Je connais d’autres histoires - je peux vous les raconter.