ETRE UN HOMME par Annick KIEFER
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On a peint les murs en noir, un plafond sans soleil ;
Etiqueté les tiroirs, plaqué les mèches rebelles ;
Multiplié les miroirs, comptabilisé les merveilles ;
Planté le désespoir, lobotomisé les cervelles
Et on t’a dit : Vas-y, grandis !

Mais comment grandir sous un plafond si bas,
Quand la seule ouverture est un écran plat
Qui rabâche sans relâche des phrases-choc, des mots-clés,
Devenant notre version d’une seule vérité.

On a élevé des monuments pour adorer un nouveau Dieu.
On le vénère en placements, actions et livrets bleus ;
On déchiffre son langage en comptant être heureux ;
On désapprend le partage, on coupe le monde en deux
Et on te dit : Vas-y, grandis !

Mais pourquoi grandir quand on n’est pas fanatique
D’une idole virtuelle, de papier et de briques ;
Quand les chiffres comptent bien plus que les mots,
Et la valeur humaine est moins riche qu’un magot ?

Pourtant…
On se pousse du coude, on se marche sur les pieds ;
On veut en découdre pour seulement le toucher ;
On oublie sur la route les âmes en déroute ;
On avance, presque en transes, même si on se dégoûte
Et on te dit : vas-y, grandis !

Mais, toi, tu veux grandir sans écraser personne.
Tu sais qu’il est une place pour chacun des hommes,
Pour toutes les allures, les rythmes, les nonchalances,
Pour les silences gênés comme pour les éloquences.

Grandir, c’est se regarder sans peine dans les miroirs,
De même que s’apprécier au travers des regards.
Grandir, c’est ne faire de l’ombre à personne ;
Faire partie du nombre sans oublier d’être un homme.



Annick KIEFER

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modifié octobre 2008