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La Boîte de Crabe (A Me Denis LANGLOIS) Vous qui aimez les histoires, et qui êtes toujours prêts A vous en laisser conter par qui veut vous faire accroire Si vous voulez m’écouter, et dussiez-vous m’en vouloir J’ai au fond de la mémoire un conte de qualité : Monsieur Julien était homme de modeste condition Mais bonne réputation –chacun l’aimait bien en somme Par de menues attentions il touchait chacun et comme On ne lui savait personne, veuf et seul en sa maison A vivre de sa retraite - et l’on sait de quel pécule Quelle aumône ridicule, quel salaire de disette Des vieux viv’nt avec scrupule - une vie droite et honnête En faisant durer les miettes d’une rente minuscule Je disais que les dimanches les voisins du bon pépé L’invitaient à partager une table simple et franche Il savait qu’on l’attendait : même sans chemise blanche Sans costume-des-dimanches, sa place était réservée Mais jamais au grand jamais il n’arriva les mains vides Il portait en lui solide le sens des civilités Souriant de toutes ses rides il amenait un bouquet A « Maman » et pour « Bébé » ses poches n’étaient jamais vides On lui en faisait reproche mais il n’aurait pas permis Que l’on pût penser de lui qu’il vivait à la croche Du lundi au samedi toujours au fond de sa poche Gardait trois sous pour les mioches –et n’aurait jamais failli Ces par ces futilités et grâce à ces petit riens Que les bons Monsieur Julien préservent leur dignité Le sans-gêne on le sait bien ne se trouvant qu’à portée De la bonne société de ceux qui ont « les moyens » Un jour se trouva pourtant où il eut beau retourner Son fichu porte-monnaie : il n’y trouva nul argent Pas le plus petit jaunet – il allait devant ses gens Passer pour un indigent s’il n’allait rien amener Il pensa bien s’aller dire qu’il était indisposé Qu’il devait se reposer et ne pourrait pas venir Mais n’allait-il pas vexer ce serait encore pire Il n’osa pas prévenir : il n’osa pas refuser Pesant son poids de menace samedi soir était là En désespoir il entra dans une grande surface Une fois arrivé là que vouliez-vous donc qu’il fasse En tremblant il fit main basse sur un sac de chocolats Et une boîte de crabe. Un surveillant qui passait Lui mit la main au collet et d’une voix formidable Ameuta tout le quartier –qui, par son acte effroyable Fut le plus grand misérable, du voleur ou du volé… Mené chez le directeur le voleur aux cheveux blancs Se fit tancer vertement, traiter comme malfaiteur Fouiller sans ménagement, et sans pitié pour ses pleurs En le renvoyant dehors on le prévint gentiment Que pas plus tard que lundi on le ferait convoquer Chez les agents du quartier et qu’il serait poursuivi Ecrasé par son forfait il regagna son logis Le pavé dansait sous lui et ses vieilles mains tremblaient Il monta ses trois étages comme dans un cauchemar Et dans son esprit hagard se mélangeaient les images Avant qu’il ne fît trop noir il rassembla son courage Et fit son peu de ménage puis descendit dans le soir Ca n’a fait dans les journaux que quatre lignes –et encore Quand on repêcha son corps qui s’allait au fil de l’eau Moins que lorsque l’on décore avec fanfare et drapeau Les notables locaux de la légion d’honneur Vous qui aimez les histoires, êtes-vous encore prêts A vous en laisser conter par qui veut vous faire accroire Ou pouvez-vous m’écouter sans pour autant m’en vouloir Je connais d’autres histoires - je peux vous les raconter. Animal Dan - commentaires : Ajouter votre avis Le site : Accueil - CONTACT |
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