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La rue c’est ce ruisseau qui jette des cadavres Sur des trottoirs lustrés par des pas inconnus La rue c’est le tombeau des regards de marbres Des yeux pleurant la faim et le vin défendu C’est au pied des vitrines comme des fruits trop mûrs Qu’ils pourrissent au soleil oubliés des humains Leur trésor c’est un chien leur bouteille une armure La honte de la ruine de nous tendre la main Ils parlent aux pavés aux talons qui leur parlent Aux jambes automates des ombres empressées Ils s’enivrent d’effluves des sexes qui détalent L’égout c’est le parfum des relents empestés Ils glanent le petit sou qui leur tombe d’en haut La charité des larmes versée pour le tapin La conscience vénale qui crache des euros Prière d’un corps miteux pour un morceau de pain Quand rampe le bourreau ce froid venu du soir Leur secret se réchauffe à l’ombre d’un carton Le secret d’où ils viennent un amour illusoire Souvenir d’un logis qui abritait leur nom L’interminable nuit ronge ces proies faciles Que la vermine dense dévore en jouissant La faim brûle les ventres torturés et serviles Compagne solitude écorche ces morts vivants Au matin l’un d’entre eux encore dans ses cauchemars Fut pris pour détritus encombrant le pavé Par quelques éboueurs affolés en retard Courant à un broyeur offrir l’humble déchet Pas un ne s’aperçut qu’il s’agissait d’un homme Déchargé dans un four à l’ardente chaleur Aucune différence entre un crématorium Et l’appétit morbide d’un incinérateur Quand la camarde appelle de sa faux redoutée Le fond d’une poubelle ou gît un cœur éteint C’est un dieu c’est un diable bâtarde société Qu’elle convie au sabbat pour lugubre festin La rue c’est ce ruisseau ou pleurent des histoires Qu’enfantent politique Jésus banquiers cossus La rue c’est un pays qui écrit son histoire En méprisant l’humain et lui crachant dessus J.FONTENEAU - commentaires : Ajouter votre avis Le site : Accueil - CONTACT |
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