Les musiques métisses par Michel Gouaud
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Les musiques métisses



Tanguer le tango de Tanger
Pousser le paso de Passy
Goûter des tempos étrangers
Réfuter la suprématie
Sentir passer le sirocco
Dans des accents de flamenco
La guitare répond en écho
Aux trompettes de Jéricho

On se fout de la tradition
Ce qu’on veut c’est de l’émotion
De la révolte, de l’insoumission
Avec nos armes à percussion
Faire pleurer les bâtons de pluie
Pour émouvoir les goupillons
Secouer les béni-oui-oui
Par la violence des violons

J’aime ces musiques rebelles
Où les sons les plus fous se mêlent
Mariant la gouaille de Sarcelles
A la douleur du violoncelle
J’aime ces musiques informelles
Qui se moquent des écoles, des chapelles
C’est comme un pacte que l’on scelle
Pour l’amitié universelle
J’aime ces musiques métisses
Explosant en feu d’artifice
C’est si bon quand elles s’accomplissent
Dans leurs influences complices
J’aime ces musiques métisses
Union de forces créatrices
Qui se marient et s’affranchissent
De leurs singuliers maléfices

Faire chanter les peuples en canon
Etouffer le son des canons
Faire chanter les foules en chœur
En mixant les tons, les couleurs
Rapprocher la glace et la braise
Souder les races dans la fournaise
Glisser une flamme antillaise
Dans une ballade islandais

Jouer du bongo à Oslo
Faire de l’électro à Java
C’est un peu danser la java
Au château de Fontainebleau
Jouer du piano au Congo
Et du hard blues à Toulouse
Toutes les musiques s’épousent
Sans renoncer à leur ego

On se fout de l’orthodoxie
Quand le saxo se fait sexy
Et nous plonge en ataraxie
Au fond d’une autre galaxie
On suit ces musiciens de rue
Jouant du flonflon au banjo
Et tant mieux si c’est incongru
Du balafon au bal à Jo

J’aime ces musiques charnières
Qui savent emprunter sans manière
Le jeu de la flûte traversière
Pour louer la douceur printanière
J’aime entendre l’harmonica
En compagnie d’un maraca
Souffler aux balalaïkas
Le rythme d’une mazurka
J’aime ces musiques métisses
Gorgées de parfums et d’épices
J’aime leur douceur bienfaitrice
Forgée au café des Délices
Tant pis si elles désobéissent
Elles se renforcent et se grandissent
Elles se confortent et s’anoblissent
Dans ce combat pour la justice

Faire chanter les peuples en canon
Etouffer le son des canons
Faire chanter les foules en chœur
En mixant les tons, les couleurs
Rapprocher la glace et la braise
Souder les races dans la fournaise
Glisser une flamme antillaise
Dans une ballade islandaise







Michel Gouaud

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modifié octobre 2008