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Maintenant , je le sais, j'ai vécu mille vies... J'ai été ... Chevalier, compagnon de Bayard... Pour l'honneur de mon roi, et l'amour de ma mie, protégeant le vilain, j'ai chassé le pillard... J'ai été ...Don Juan, qui captivait les belles, et disputait aux rois leurs plus beaux souvenirs J'ai fait mourir d'amour, et catins, et pucelles, rien qu'en leur destinant, un regard, un soupir... J'ai crié moi aussi: "Vive la république..." et connu en leurs temps et Danton et Marat; je suis mort en juillet sur la place publique, quand on s'est aperçu que je n'y croyais pas A bord des grands trois-mâts j'ai parcouru le monde, j'ai doublé le Cap Horn et dormi à Java... Et les grands albatros des Isles de la Sonde, dans le ciel indigo, plongent encor pour moi... J'ai été, je le sais, orpailleur au Klondyke et j'ai perdu cent fois des milliers de carats, en des bouges crasseux, aux filles faméliques, et dans de sombres ports dont je ne revins pas... J'étais dans les maquis de la dernière guerre, j'ai chassé le nazi, j'ai fait sauter des ponts; avec tous mes copains du plateau des Glières, je suis mort en rêvant de la libération... Je revois tout cela dans les reflets de pluie, que l'orage a laissée aux creux du macadam, traînant ma solitude et la mélancolie de n'être maintenant qu'un modeste quidam... Demain je m'en irai sonder les galaxies et de notre univers analyser la trame. de ce siècle maudit n'aurai de nostalgie car j'aurai oublié que n'étais qu'un quidam... Jacques Auguste Colin - Tournus - copyright Jacques Auguste COLIN - commentaires : Ajouter votre avis Le site : Accueil - CONTACT |
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