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Ces contes que je chantonne sont quelques fois tragiques La souffrance ordinaire passe très mal en musique Car le flot violent des images cyniques A son relais correct : la lucarne magique L’horrible est-il moins dur quand il passe par le tube Et l’atroce plus décent entre deux pages de pub ? La barbarie des hommes, du moins c’est ce que j’en pense N’est pas plus soutenable enveloppée de nuances Des mots trop crus parfois, des cris de l’âme sans doutes Et s’ils vous heurtent, ma foi, ils sont sincères, nuls doutes Pourquoi devrais-je écrire des chansons pour les sourds ? Des textes que l’on avale et qui soient pas trop lourds ? Est-ce que le bouillon froid des cruautés du jour Nous est souvent servi avec une pointe d’humour ? Je ne tremperai pas ma plume dans de l’eau parfumée Pour adoucir la forme de mon âme éraillée Si mes termes sont plats, ils ne sont que miroir De ceux qu’on nous balance dans nos foyers le soir Des mots trop crus parfois, des cris de l’âme sans doutes Qui pèsent de tout leur poids, sur chacune de nos routes Les mots que j’utilise sont revendicateurs Ils ont l’odeur du souffre, du sang et de la sueur La musique affectée des crooners au grand cœur J’ai passé l’âge de croire qu’elle adoucit les mœurs Si c’est être engagé que d’avoir un avis Ou être démago d’afficher son dépit Alors c’est vrai je suis un ado attardé Qui hurle sa révolte pour ne pas suffoquer Des mots trop crus parfois, des cris de l’âme sans doutes Et s’ils vous heurtent, ma foi, je m’en tamponne la croûte Est-ce qu’on met des gants blancs pour parler de détresse ? Les caméras filment-elles avec délicatesse ? Ce que m’envoie le monde en travers de la gueule C’est pas des mots d’amour, des bouquets de glaïeuls Pensez-vous sincèrement que ces giclées de boue M’incitent à susurrer un torrent de mots doux ? Je roucoulerai léger quand le monde ira mieux Ou bien je chanterai plus car d’autres le font mieux Des mots trop crus parfois, des cris de l’âme sans doutes Et s’ils vous heurtent, ma foi, souffrez que je m’en foute Qui a dit que la prose se doit de voir les choses Envers et contre tout, en rose ? Philippe Bailly - commentaires : Ajouter votre avis Le site : Accueil - CONTACT |
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